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Le Traité de Versailles (1919) dessine les nouvelles frontières polonaises. Certaines régions (Mazurie et Warmie) sont soumises à un plébiscite en juillet 1920 qui est défavorable aux Polonais. La Haute-Silésie est partagée entre l'Etat polonais et la Tchécoslovaquie. Ce nouveau découpage territorial ne prend pas en considération les minorités. De nombreux Polonais se retrouvent alors que les minorités en Pologne (Allemands, Biélorusses, Ukrainiens, etc.) représentent 1/3 de la population. Les nationalismes s'en retrouvent exacerbés.
La souveraineté retrouvée et les nouvelles désillusions (1918-1945)
Au sortir de la Grande Guerre, la carte de l'Europe est profondément modifiée. L'Empire austro-hongrois est morcelé ou incorporé à plusieurs Etats : l'Autriche, la Hongrie, la Tchécoslovaquie, la Pologne, l'Italie, la Roumanie et l'Etat des Croates, Slovènes et Serbes. L'Empire allemand l'est tout autant ; son territoire est divisé entre la République de Weimar, la Tchécoslovaquie, la Lituanie, la Pologne et la ville libre de Gdansk (peuplée à 96 % d'Allemands), ces deux dernières divisant le nouvel Etat allemand en deux entités (Allemagne et Prusse orientale). La nouvelle Russie, bolchévique depuis la Révolution d'Octobre de 1917, a payé le prix fort pour mettre fin au conflit qui l'opposait à l'Allemagne. Le pays est amputé d'environ 800 000 km² et doit à présent faire face à une guerre civile entre monarchistes et communistes.
Jozef Pilsudski devient le premier président de la République de Pologne à un moment où ses anciens ennemis sont donc tous très affaiblis. Alors que les limites orientales de la Pologne n'ont pas encore été clairement définies, Pilsudski considère que la Pologne devrait légitimement récupérer ses anciens territoires de la fin du XVIIIème siècle. Du côté soviétique, on espère envahir la Pologne et ainsi atteindre l'Allemagne afin de joindre la Révolution spartakiste allemande à celle de la Russie. Dès novembre 1918, Lénine ordonne ainsi à l'Armée Rouge de marcher vers l'Ouest.
Des premiers combats éclatent en février 1919 dans la région de Vilnius entre des forces polonaises et bolcheviques. Peu à peu, une ligne de front se dessine à la frontière entre la Pologne et la Russie soviétique. Dans le même temps, des agitations se font jour au sein des pays baltes qui revendiquent. L'Armée polonaise entre en mars 1919 en territoire soviétique alors que les Bolcheviques prennent temporairement possession de Vilnius. L'opposition polonaise est plus coriace que prévue. En avril, la plupart des 2,3 millions de soldats soviétiques sont redéployés pour combattre les Russes blancs dont les offensives se font de plus en plus vives. Les soldats polonais en profitent pour continuer leur marche vers l'Est durant tout l'été 1919, ne trouvant pas de réelles oppositions sur leur chemin ; ils atteignent le fleuve Daugava (au niveau de la Lettonie). En septembre 1919, les Ukrainiens non bolcheviques se joignent aux Polonais.
A partir de janvier 1920, l'Armée Rouge est renforcée par plusieurs succès contre les monarchistes et par une paix signée avec les Lettons et les Estoniens. Elle se penche davantage sur le problème polonais et y concentrent 700 000 soldats. L'avancée polonaise est maximale en juin 1920 ; elle atteint le Dniepr et contrôle la ville de Kiev. Durant l'été 1920, les contre-offensives des Soviétiques, qui sont numériquement bien plus nombreux, permettent à l'Armée Rouge de fondre sur la Pologne en seulement 2 mois. L'avancée des troupes russes est telle (environ 30 kilomètres par jour) qu'elle met en péril l'indépendance polonaise fraîchement recouvrée. De plus, les Lituaniens, désireux de voir Vilnius tomber sous leur coupe, s'allient aux Soviétiques au mois de juillet 1920. Dans toute l'Europe, des travailleurs, sensibles aux idées communistes, refusent d'alimenter la Pologne capitaliste en matériels militaires. En août 1920, les Polonais parviennent tant bien que mal à maintenir leurs positions à Lwow et à Varsovie, où se prépare une bataille décisive.
Cette bataille pour le contrôle de la capitale polonaise se déroule entre le 10 et le 18 août 1920. Les Polonais sont avertis, grâce à un décryptage de communications radio, des plans de l'Armée Rouge visant à attaquer la ville par l'est, puis à y pénétrer par l'ouest. Pilsudski réorganise sa défense en conséquence. Il est aidé par la neutralisation d'importantes troupes russes, engluées dans la bataille de Lwow. Le commissaire politique Staline s'acharne à vouloir prendre la ville au lieu d'obéir aux ordres de Toukhatchevski, commandant en chef des armées soviétiques. La guerre prend fin, alors que l'Armée Rouge se replie dans un grand désordre. A l'issue du conflit polono-soviétique, la Pologne retrouve à peu de choses près ses frontières de 1772.
La Pologne est en 1921 un pays économiquement dévasté. De nombreuses réformes doivent remettre sur pied le pays. Parmi elles, la réforme agraire permet de redistribuer près d'un million d'hectares en cinq ans. Toutefois, les luttes politiques déstabilisent le gouvernement et freinent l'application des réformes. Démoralisé, le chef d'Etat Pilsudski démissionne en 1922 de ses fonctions. L'économie du pays ne parvient pas à se redresser. L'exode rural continue de gonfler les villes qui ne peuvent contenter une main-d'oeuvre surabondante. Certains Polonais émigrent en France, où, à l'inverse, l'on manque de travailleurs du fait des lourdes pertes humaines pendant la Grande Guerre. En 1931, on comptera 500 000 Polonais dans l'Hexagone. Pour clore le tout, la redistribution des terres est quant à elle bloquée par la Diète, dominée par la droite conservatrice, alors que 64 % de la population est agricole (30 % en France, à titre de comparaison).
Excédé et soutenu par tous les partis de gauche, Pilsudski revient au pouvoir par un coup d'Etat en mai 1926. Afin de ne souffrir d'aucune opposition à la tête du gouvernement, il se donne les pleins pouvoirs et épure l'administration et l'Armée en même temps qu'il dissout la Diète. Cependant, il ne peut se résoudre à interdire les partis politiques traditionnels, ni les syndicats libres ni même la presse d'opposition. L'opinion publique désapprouve l'autoritarisme croissant dont fait preuve le gouvernement d'autant plus que la crise de 1929 accentue le marasme économique du pays dans les années 1930. Néanmoins, le passé glorieux de Pilsudski relativise, aux yeux de beaucoup, sa politique quasi-dictatoriale.
Le maréchal Pilsudski meurt en 1935, laissant à ses successeurs un régime conservateur et patriarcal mais également un colossal chantier. La sécurité nationale est mise en danger dans et en dehors de ses frontières. L'antisémitisme progresse inexorablement dans la société et crée de nombreuses tensions. En 1937, les écoles supérieures pratiquent la division entre Juifs et Polonais. Les ouvriers manifestent à plusieurs reprises pour dénoncer leur situation de pauvreté et les paysans exigent une répartition des terres. D'autre part, les ennemis d'hier font à nouveau sentir l'imminence d'une nouvelle menace. Malgré des pactes de non-agression signés avec l'URSS (1932) et avec l'Allemagne (1934), et en dépit d'une alliance réitérée avec la France et le Royaume-Uni (1939), la Pologne ne peut aller à l'encontre des ambitions qu'Hitler a pour l'Allemagne nazie. Ce dernier, après avoir annexé la Tchécoslovaquie, dénonce en avril 1939 le pacte germano-polonais. Le 1er septembre, le cuirassé Schleswig-Holstein, amarré quelques jours plus tôt dans le port de Gdansk, officiellement pour y commémorer les morts de la Première Guerre mondiale, ouvre sur le feu à 04h45 sur une garnison polonaise située sur la presqu'île de Westerplatte. Cette agression marque le début de la Seconde Guerre mondiale.
Les principales villes polonaises sont bombardées dans les heures qui suivent. La France et le Royaume-Uni déclarent aussitôt la guerre à l'Allemagne mais n'interviennent pas militairement. Assaillis durant sept jours, les 175 Polonais mobilisés sur la presqu'île défendent courageusement leur position mais finissent par succomber au 13ème assaut. Les Allemands, aidés de leurs alliés Slovaques, envahissent rapidement le territoire polonais et rejoignent les armées soviétiques qui avancent dans le même temps à l'est de la Pologne depuis le 17 septembre. Après un mois de résistance héroïque, les Polonais abdiquent faute de munitions. La Pologne cesse d'exister le 5 octobre 1939. 70 000 Polonais ont péri durant cette campagne, 300 000 sont déportés en Allemagne et 230 000 sont envoyés en URSS. Plusieurs dizaines de milliers de Polonais parviennent cependant à gagner la France où ils mettent en place un gouvernement en exil administré par le général Sikorski.
L'ouest du territoire polonais (Poméranie, Haute-Silésie et Grande-Pologne) est annexé par le Reich et voué à une germanisation intensive et forcée. Le sud et le centre de la Pologne forment quant à eux un Gouvernement Général destiné à devenir un vaste camp de travail pour soutenir l'effort de guerre allemand, et où le gouverneur Hans Frank instaure une politique de terreur. Les déportations, tant des côtés allemands que russes, sont précédées d'un tri entre les hommes destinés aux travaux forcés et les femmes, enfants et vieillards. En URSS, une première rafle en février 1940 emporte ainsi 220 000 Polonais en Sibérie, tandis qu'une seconde organisée en avril emmène 320 000 Polonais supplémentaires en Asie centrale. En mai et juin 1940, les Soviétiques massacrent plusieurs dizaines de milliers d'hommes politiques, d'intellectuels et d'officiers dans la forêt de Katyn. Fin juin 1940, 240 000 personnes sont encore envoyés en Sibérie. Au même mois de l'année suivante, une 4ème rafle oblige 300 000 Polonais à suivre le même itinéraire.
Les Polonais restés au pays subissent selon la géographie une germanisation ou une soviétisation rapide. La culture polonaise disparaît (journaux, bibliothèques, institutions). 4 000 lieux de culte sont réquisitionnés côté soviétique pour servir d'entrepôts. Toute forme d'association est bannie. La police politique fait régner un climat de suspicion entre les Polonais qui subissent une très forte pression psychologique à travers l'immixtion des communistes dans leur vie privée. A l'instar de leurs habitations, les Polonais deviennent la propriété de leurs nouveaux dirigeants. Face à cette situation, la Résistance s'organise depuis l'automne 1939. La Gestapo et le NKVD parviennent à neutraliser de nombreuses personnes via une politique de délation efficace. Dans les territoires du Gouvernement Général, les Polonais sont proportionnellement plus nombreux face à leurs envahisseurs. C'est pourquoi la Résistance s'y implante plus commodément. Très peu active à ses débuts, elle permet néanmoins de dispenser un enseignement clandestin et de mettre en péril différentes actions économiques et militaires par l'intermédiaire de sabotages de voies ferrées ou de désinformations. Fin 1942, la Résistance, rebaptisée Armée de l'Intérieur, regroupe désormais 200 000 hommes et se lie aux résistants du ghetto de Varsovie. Son but ultime est de préparer une insurrection qui, encore en 1942, semble devoir être lointaine.
Consécutivement à l'offensive allemande contre les Russes en juin 1941 (opération Barbarossa), l'URSS s'allie avec le Royaume-Uni. Polonais et Soviétiques signent un traité en juillet 1941 qui fixe l'entente militaire polono-russe contre l'Allemagne et évoque déjà la question des frontières polonaises à l'issue de la guerre. La reconstitution d'une armée polonaise de 40 000 hommes est cependant rendue difficile à accomplir du fait que les Soviétiques rechignent à libérer les nombreux soldats polonais déportés en 1940-1941 qui ont la chance d'être encore en vie. Les Britanniques s'accordent avec l'URSS pour reconnaître la légitimité d'un contrôle des Soviétiques sur les Etats baltes, la Bessarabie et une partie de la Finlande après-guerre, ce que s'empresse de dénoncer Sikorski qui voit là un dangereux signe avant-coureur de l'impérialisme soviétique. L'accord est néanmoins officialisé en mai 1942. A la fin du mois de novembre 1942, Roosevelt neutralise sa position vis-à-vis de la question polonaise relancée par les Soviétiques qui ont décidé de ne finalement pas prendre en compte les revendications de Sikorski. En d'autres termes, Staline n'est plus prêt à reconnaître la nationalité polonaise aux Polonais des territoires annexés en 1939. De leur côté, les Etats-Unis sont enclins à accepter les conditions imposées par Staline et ainsi à garantir la continuité de l'effort de guerre soviétique. En outre, Roosevelt est persuadé qu'une aide financière américaine à l'issue de la guerre dissuaderait les Etats d'Europe centrale de basculer dans le communisme.
En avril 1943 se déroulent en Pologne plusieurs faits marquants. Chronologiquement, l'affaire de Katyn est la première. Les radios allemandes dévoilent la découverte macabre faite par les soldats de la Wehrmacht. Feignant la surprise, Staline contre-attaque en estimant que cette annonce est le simple fruit de la propagande germano-polonaise contre les Soviétiques. Comble de tout, il rompt les relations diplomatiques entre l'URSS et la Pologne et s'oppose à une enquête de la Croix-Rouge. En 1945, les Soviétiques maintiendront leurs positions en accusant les nazis au tribunal de Nuremberg, sans succès cependant. Ce n'est qu'en 1990 que le voile commencera à se lever. Toujours est-il qu'en 1943, Staline profite de l'occasion pour entamer un processus de bolchevisation d'une partie des Polonais par la création d'un mouvement communiste clandestin qui s'affirmera au fur et à mesure comme le noyau d'un Etat secret communiste dévoué à Moscou. L'insurrection de Varsovie constitue le deuxième fait marquant de ce mois d'avril 1943. Quelques mois seulement après la débâcle de Stalingrad, les Allemands doivent faire face à l'héroïsme des habitants du ghetto de Varsovie qui se soulèvent en avril 1943 à l'approche d'une énième rafle. 2 000 Allemands sont repoussés du ghetto. L'insurrection de Varsovie est alors violemment réprimée par les SS qui estiment y mettre fin en 3 jours. Ils viennent à bout de cette révolte finalement après 3 semaines de combats, de stratégies diverses et de tueries. La plupart des quelques rescapés meurt à Treblinka.
En juillet 1943, Sikorski meurt dans l'accident de son avion qui le ramène du Proche-Orient dans des circonstances douteuses. Mikolajczyk, chef du Parti Paysan, prend sa succession au poste de Premier ministre du gouvernement polonais en exil. La question polonaise trouve une réponse à l'occasion de la conférence de Téhéran à la fin du mois de novembre 1943. Les dirigeants anglais, américain et russe se mettent d'accord au sujet d'un débarquement sur les côtes normandes, ce qui suppose la libération de l'Europe de l'Est par les troupes soviétiques et laisse de manière générale et ultérieure le champ libre à une domination soviétique dans cette partie du continent. Les frontières de la future Pologne sont dessinées à l'avantage des Soviétiques ; le territoire polonais sera déplacé d'est en ouest en prenant appui à l'est sur la frontière formée après l'invasion russe de septembre 1939, alors que la frontière occidentale sera délimitée par l'Oder. Même si ce déplacement de la Pologne n'est pas équitable pour elle (elle perd près de 77 000 km²), Churchill estime que ce sont de riches terres agricoles à l'ouest qui seront ainsi échangées avec des terres moins favorables à l'est. A son retour en Angleterre, Churchill en informe Mikolajczyk qui est bien obligé d'accepter malgré lui ces conditions d'abord de manière informelle, puis officiellement en 1944. Américains et Soviétiques savent bien, à la fin de la guerre, que l'URSS est désormais incontournable sur la scène mondiale. Staline en profite pour évoquer la mise en place d'un gouvernement renouvelé, composé de Polonais de divers horizons politiques, y compris communistes.
Sur le terrain, la Résistance polonaise gonfle à la faveur de l'avancée des troupes de l'Armée Rouge. En juillet 1944, 400 000 résistants combattent les Allemands mais doivent dans le même temps prêter attention aux Soviétiques qui les forcent à s'enrôler dans leur armée, ou dans le cas contraire, les désarment, les exécutent ou les déportent à la fin de chaque opération militaire entreprise pourtant conjointement. Ainsi, les Soviétiques neutralisent rapidement toute éventuelle opposition à leur domination. La police politique (NKVD) s'assure systématiquement d'avoir bien nettoyé de ses résistants chaque nouvelle zone libérée. Le communisme s'installe progressivement sur tout le territoire via les Comités Polonais de Libération Nationale (PKWN) qui en assurent le gouvernement dès le mois de juillet 1944. Staline et le PKWN fixent ensemble les frontières de la Pologne, que Staline consent à étendre à quelques endroits (Prusse orientale, basse Silésie, Szczecin, Swinoujscie, forêt de Bialowieza). D'autres zones, pourtant à l'ordre du jour, ne sont finalement même pas évoquées (Lwow et Galicie). Le gouvernement en exil à Londres est déclaré illégal et la coopération avec le libérateur soviétique est encouragée.
Le 1er août 1944, une nouvelle insurrection éclate à Varsovie. Au bruit des chasseurs soviétiques et des canons qui résonnent au loin, synonyme d'une libération imminente, les Varsoviens prennent les armes. Ils ont pour mission de libérer plusieurs bâtiments et lieux stratégiques. Dans le même temps, Mikolajczyk se rend à Moscou emplis de bonnes intentions pour défendre ses positions, pour assurer la légitimité de son gouvernement, pour assurer la coopération entre les deux pays ainsi que pour s'accorder sur plusieurs problèmes comme celui des frontières. En fait, il ne sait pas que Staline a depuis longtemps réglé les problèmes de la Pologne avec le PKWN et qu'il n'a jamais eu l'intention de porter secours aux insurgés de Varsovie. Mikolajczyk, toujours aveuglé par l'espoir d'une aide des Russes, accepte à contre-coeur de rencontrer à Moscou les chefs du PKWN. Ces derniers vont jusqu'à nier l'existence même de combats dans la ville polonaise qui doit désormais faire face à la contre-offensive allemande. Staline réitère à Mikolajczyk sa bonne foi et lui promet son aide dès que l'Armée rouge sera redéployée convenablement. Mais l'aide n'arrivera pas, et pire encore, Moscou se paie la tête de Mikolajczyk en l'accusant d'avoir déclenché l'insurrection sans en avoir prévenu les Russes. Les armées de Staline, positionnées en fait à seulement 20 kilomètres de Varsovie, interceptent les unités de résistance qui viennent prêter main forte aux insurgés. L'insurrection prend fin dans des conditions atroces au bout de 63 jours. Staline peut maintenant prendre possession de la ville vidée des résistants hostiles aux desseins soviétiques. Ce nouveau combat héroïque mais impuissant pour la liberté imprègne un peu plus une identité et une culture nationales déjà forgées par les nombreux symboles de lutte pour l'indépendance. Et la Pologne tombe une nouvelle fois sous le joug d'une puissance étrangère puisque c'est le NKVD (police politique soviétique), plus que le PKWN, qui détient véritablement les pleins pouvoirs en Pologne, et ce malgré la forte antipathie qu'a l'immense majorité des Polonais aussi bien pour le PKWN que pour le NKVD.
Cependant, les communistes ont les solutions en main pour conquérir le coeur des Polonais. Le gouvernement provisoire communiste assuré jusqu'ici par le PKWN est dissous le 31 décembre 1944 et remplacé par le Gouvernement provisoire de la République de Pologne dont le PPR (Parti Ouvrier Polonais, ou plus officieusement Parti communiste) jouit des principales fonctions. Ses membres promouvoient l'adhésion au parti en donnant aux nouveaux membres une priorité de logement, d'approvisionnement et d'emploi. De 32 000 membres en décembre 1944, le parti passe ainsi à 550 000 en avril 1945. Malgré tout, ce sont surtout des adhésions opportunistes qui n'engendrent pas d'affection particulière pour le parti. Bien au contraire, celui-ci est décrié de plus en plus. Pourtant, les communistes entreprennent une série d'actions visant à conquérir l'enthousiasme des Polonais et à inscrire le mouvement dans la durée, avec l'aide étroite de l'URSS. Ils mobilisent la population pour reconstruire Varsovie et conservent son rang de capitale de la Pologne. De plus, ils rétablissent rapidement une vie culturelle, économique et administrative. Tous ces efforts finissent par payer : les Polonais sont de moins en moins sceptiques à l'égard du parti. Une Milice Civique et une police politique (UBP) se chargent d'ailleurs de garantir l'ordre et la sécurité sur le territoire, tandis que le NKVD annihilent les dernières oppositions politiques.
La République populaire de Pologne (1945-1990)
Au lendemain de la guerre, l'heure est au bilan. La Pologne a payé un très lourd tribut durant ces 6 années de guerres. On compte environ 7,5 millions de morts ou disparus polonais (30 % de sa population), dont 3 millions de Juifs (90 % de la population juive polonaise) et une part importante de l'intelligentsia. Les villes et l'économie en général sont dévastées et le pays est entré sous domination stalinienne. Parmi les 150 000 personnes qui ont réussi à fuir la Pologne pendant la guerre, nombreux sont ceux qui hésitent à revenir en 1945, alors que 1,5 million de Polonais souffrent de tuberculose et beaucoup d'autres de malnutrition. L'industrie est en ruine à cause de la destruction ou du démantèlement maladroit par les Russes de nombreuses usines auparavant allemandes, notamment celles situées à l'ouest du Bug. L'agriculture pâtit de la disparition d'une très grande partie du cheptel existant avant-guerre. Parmi les quelques éléments positifs résultant de la victoire des Alliés, la Pologne peut se prévaloir de disposer désormais d'un large débouché maritime. Cependant, il résulte des importantes modifications territoriales que 20 % des Polonais se retrouvent en 1945 hors de leurs nouvelles frontières. De gigantesques mouvements de population sont opérés en conséquence jusqu'en 1947. La composition de la population de la Pologne est nettement plus homogène que dans les années 1930 ; désormais, les Polonais catholiques représentent plus de 95 % de la population totale.
La reconstruction économique du pays repose essentiellement sur l'essor d'une agriculture réformée, laissant enfin la place au morcellement des grands domaines, comme les Polonais au pouvoir le désirent depuis 1920. L'opération est donc également politique puisqu'elle permet aux communistes de réaliser ce que leurs prédécesseurs ont manqué. Et pour cause, les communistes confisquent de force les plus grands domaines et parviennent de la sorte à redistribuer en trois ans l'équivalent de 6 millions d'hectares à 800 000 exploitants. Des coopératives de commercialisation des produits agricoles et d'approvisionnement fournitures diverses sont créées. Des aides substantielles sont apportées aux paysans de façon à gagner leur confiance. Ce point n'est pas à négliger car les paysans représentent alors les 2/3 de la population polonaise. Dans le secteur del'industrie et du commerce, l'Etat nationalise rapidement un très grand nombre d'entreprises, si bien qu'en 1947, il détient environ 85 % de la production et presque autant des effectifs de l'industrie. La production charbonnière est presque exclusivement vouée à être livrée à l'URSS pour un prix dérisoire. Sur le plan financier, les Polonais sont, comme tous les pays d'Europe, URSS y compris, invités à décider de l'acceptation ou non de l'aide américaine proposée par le général Marshall. Le gouvernement polonais est intéressé par l'offre, mais, comme d'autres pays communistes, il est finalement contraint par Staline de refuser.
Au niveau de l'activité politique du pays, elle est exclusivement le fait de partis communistes depuis les élections frauduleuses du 19 janvier 1947 qui ont définitivement évincé le Parti socialiste malgré une très forte majorité de sympathisants à travers tout le pays. Le pouvoir politique s'attaque maintenant à l'influente et donc puissante Eglise, qui, elle seule, peut encore contrecarrer les plans communistes. Après avoir multiplié les gestes en faveur de l'Eglise pour mieux donner l'illusion d'une unité nationale, les communistes profitent maintenant de leur domination désormais suffisamment assise pour l'anéantir peu à peu. D'abord, ils procèdent à la séparation de l'Eglise et de l'Etat puis usent de la propagande pour dégrader son image, tandis que de son côté, l'Eglise exhorte le pouvoir à respecter la vie privée et l'Etat de droit. Ces querelles verbales se déplacent rapidement sur un terrain plus menaçant. Les communistes mettent en place une organisation catholique concurrente à l'Eglise et surtout favorable au pouvoir, rapidement désapprouvée par la hiérarchie épiscopale. L'échec de cette initiative pousse le pouvoir à aller plus loin et à officiellement dénoncer l'attitude hostile de l'Eglise par rapport à l'Etat. Cependant, les intimidations restent assez discrètes et progressives du fait de l'influence encore trop grande de l'Eglise. L'intelligentsia polonaise est elle aussi visée en raison de son insoumission et l'on pointe de plus en plus du doigt la trop grande liberté accordée aux différents artistes. On débat sur l'élaboration d'un modèle de culture socialiste qu'une police de la culture sera chargée de garantir.
Au sein même du Parti, des tensions sont palpables. Gomulka, secrétaire général du Parti communiste polonais, est proche de l'idéologie de Tito ; il souhaite, depuis les débuts de l'aventure communiste, une Pologne autonome de l'URSS, et il partage notamment son refus de collectiviser les terres agricoles. Son point de vue est perçu comme étant une forme de nationalisme par Staline ; Gomulka est démis de ses fonctions en 1948 puis arrêté en 1951. La fronde yougoslave n'atteindra pas la Pologne, occupée par l'Armée rouge (le territoire yougoslave a été libéré par la Résistance locale). Le Parti épure ses membres déviants et concentre, au début des années 1950, 350 000 fonctionnaires (sans compter les effectifs de l'Armée, ceux de la production ni ceux de l'appareil de sécurité). La dictature communiste est désormais en place avec en son sommet un chef empreint de mysticisme (culte autour de la personnalité de Boleslaw Bierut), gouvernant un pouvoir sacralisé et tout-puissant (absence de contrôle et de contre-pouvoirs), qui lui-même instaure un climat de suspicion mutuelle généralisée (écoutes, chantages, trahisons et délations). Bierut instaure la dictature du prolétariat (étape transitoire obligatoire vers le communisme d'après les théories marxistes) via la République populaire de Pologne qu'il fonde en 1952 et dont il sera le chef du gouvernement jusqu'en 1956.
La situation politique se radoucit après la mort de Staline en mars 1953, et plus encore après celle de Bierut en mars 1956. Gomulka est libéré et des mesures de déstalinisation s'amorcent. Elles s'avèrent trop lentes aux yeux des Polonais dont le niveau de vie est irrémédiablement bas. A Poznan, 50 000 ouvriers descendent dans la rue en juin 1956 pour exprimer leur mécontentement à l'égard du gouvernement. Ils demandent la tenue d'élections libres et le départ de l'Armée Rouge. Cependant, le mouvement spontané est dispersé avec une rapidité presque équivalente, à l'aide de chars, de véhicules blindés et d'artillerie de campagne. A la tête du Parti, cette ultime répression fait débat entre les staliniens et leurs opposants. Gomulka est remis au pouvoir le 21 octobre 1956, sans même l'avis de Moscou. Trois jours plus tard, il dénonce le stalinisme devant une foule de Varsoviens qui voient dans son discours un signe d'espoir pour les temps futurs. Peu après ses prises de fonction, il arrête la collectivisation des terres et modère la censure. Les fonctionnaires de l'Etat, chargés de l'information et responsables parmi d'autres du lourd climat de suspicion qui règne en Pologne, sont nombreux à être remerciés.
Cependant, inquiet de la portée que pourrait avoir la libéralisation du régime qu'il a engagée, Gomulka opère un surprenant revirement et entame une nouvelle période de raidissement du pouvoir dès 1958, et surtout à partir de l'année suivante. En 1959, il interdit l'enseignement religieux dans les écoles publiques. A partir de 1963, les intellectuels sont à nouveau au coeur d'une campagne délétère lancée contre eux. En 1966, le millénaire de la Pologne est célébré sans la venue du pape. En août 1968, les troupes polonaises participent, conformément au Pacte de Varsovie, à l'invasion de la capitale tchécoslovaque lors du Printemps de Prague. En décembre 1970, une nouvelle vague de manifestations éclatent à Gdansk, Gdynia et Szczecin contre la hausse des prix. Malgré la répression du mouvement qui fait 45 morts, l'épisode marque la fin de Gomulka et les début de Gierek à la tête du pouvoir communiste.
Peu après sa nomination, Gierek entreprend de nouer un rapprochement économique et politique avec l'Occident. Il réalise un emprunt auprès des Etats de l'Ouest, profitant de la détente qui s'opère dans le monde bipolaire. Ainsi, il augmente le niveau de vie des Polonais et réussit par la même occasion à redresser l'opinion publique. Mais la crise pétrolière des années 1970 intervient peu après et ralentit durablement l'économie polonaise. En conséquence directe, les prix sont à nouveau à la hausse en juin 1976 et de nouvelles protestations d'ouvriers sont violemment réprimées. Dans le même temps, une partie de l'intelligentsia membre du Parti crée le Comité de Défense des Ouvriers (KOR) qui vise d'abord à défendre les intérêts des travailleurs polonais, puis de manière générale à défendre les droits de l'Homme. Cette organisation engendre la création des premiers syndicats libres dans les années suivantes. En 1978, le Polonais Karol Wojtyla est élu pape sous le nom de Jean-Paul II. Dans un de ses premeirs discours, il invite les peuples opprimés par le communisme à s'en débarasser. Lors d'une visite à Assise, il se proclame porte-parole de l'Eglise du silence qui définit alors l'Eglise sous les régimes communistes. En 1979, il rassemble 500 000 personnes lors de sa visite en Pologne.
En 1980, la détérioration de l'économie polonaise aboutit à une quasi-pénurie et à une nouvelle vague de grèves à Lublin le 8 juillet, puis le 14 août à Gdansk, où les ouvriers du chantier naval protestent contre le licenciement d'Anna Walentynowicz. Cette dernière avait voulu créer une semaine auparavant la première association indépendante en vue de combler certains besoins des ouvriers. Le mouvement emmené par Lech Walesa donne naissance au syndicat Solidarnosc, soutenu par le KOR et l'Eglise catholique et parvenant à survivre notamment grâce à un large écho dans le pays. C'est précisément pour ces raisons que l'URSS menace les autorités polonaises de régler la situation si elles n'y parviennent pas elles-mêmes, comme elle l'a déjà fait en 1956 en Hongrie ou en 1968 en Tchécoslovaquie. Cependant, pour apaiser les tensions, l'Etat se voit obliger de signer avec Lech Walesa un accord qui ouvre la voie à la formation de syndicats indépendants légitimes. Gierek démissionne quelques jours plus tard.
Kania lui succède l'espace de treize mois pendant lesquels il critique la mainmise de Moscou sur le pays. Au cours de son mandat, il tente également de poursuivre certaines réformes politiques et économiques. Son attitude n'est pas du goût de certains membres du Parti qui le remplacent par le général Wojciech Jaruzelski dès octobre 1981. Jaruzelski impose l'état de siège dès le 13 décembre 1981 en réponse au rôle grandissant de Solidarnosc qui comprend plus de 75 % des travailleurs polonais. Cette décision fait également suite aux menaces de plus en plus pressantes de Moscou de rétablir l'ordre en Pologne. Lech Walesa est mis sous résidence surveillée et plusieurs milliers de responsables syndicaux sont internés dans des centres de détention spéciaux. Solidarnosc est dissous, le couvre-feu est instauré, la censure fait sa réapparition, tandis que les aéroports et les frontières sont fermés et les manifestations écrasées dans le sang. Les lignes téléphoniques sont coupées et les droits des citoyens réduits. Malgré tout, la résistance de la société civile n'est pas enrayée et l'économie péréclite.
La situation est insoluble par la force ; Jaruzelski en a bien conscience et il se résoud à lever l'état de guerre en juillet 1983 alors que Solidarnosc, aidé par l'Eglise, continue d'exister de façon clandestine. En outre, Lech Walesa reçoit en octobre 1983 le Prix Nobel de la Paix ce qui lui confère une stature internationale. Jean-Paul II se place en médiateur pour trouver une issue pacifique aux conflits qui divisent les communistes à leurs nombreux opposants. Il se rend à plusieurs reprises en Pologne entre 1983 et 1985 afin d'entretenir le dialogue. A l'été 1984, plusieurs prisonniers politiques sont libérés à l'occasion du 40ème anniversaire de la République Populaire de Pologne (ils le seront tous en septembre 1986). En 1985, Jaruzelski obtient une nouvelle aide financière importante de l'Occident, cependant insuffisante à redresser à elle seule un bilan économique désastreux. Des mesures libérales sont peu à peu introduites pour éviter la faillite du pays, profitant de la perestroïka lancée en URSS par Gorbatchev. Le nombre des membres du Parti s'effondre. A l'inverse, les prix à la consommation s'envolent après une première hausse de 110 % introduite par le gouvernement au début de l'année 1988. Des manifestations étudiantes puis ouvrières éclatent au printemps. A l'été 1988, des grèves dans les mines prennent le relais. Devant cette succession d'événements protestataires, Jaruzelski est contraint d'appeler Lech Walesa à la rescousse pour mettre fin à ces grèves et calmer les Polonais, moyennant la légalisation de son syndicat Solidarnosc.
Le 5 avril 1989, en accord avec Gorbatchev, le pouvoir polonais signe un accord avec les syndicalistes prévoyant la tenue d'élections législatives libres. Solidarnosc accepte de ne présenter qu'un nombre limité de candidats à la Diète afin de réserver une majorité de sièges aux communistes. Par contre, le Sénat est ouvert à un véritable enjeu. Les résultats de ces élections révèlent un catastrophique désaveu pour le communisme : les partisans de Jaruzelski remportent 65 % des sièges à la Diète (grâce au compromis fait avec Solidarnosc) mais seulement 1 % des sièges du Sénat. Jaruzelski est nommé à la présidence de la République, dotée de nombreux pouvoirs, mais les nombreuses dissidences au sein du Parti communiste décrédibilisent sa nomination. Le 17 septembre 1989, Jaruzelski décide alors de choisir comme Premier ministre Tadeusz Mazowiecki, membre de Solidarnosc, qui consent à céder quatre portefeuilles du nouveau gouvernement aux communistes. Le modèle polonais engendre la chute du bloc communiste, pays après pays. Le 9 novembre 1989, le mur de Berlin tombe. La Révolution de Velours sonne le glas du communisme en Tchécoslovaquie en décembre 1989. La Bulgarie lui emboîte le pas en février 1990, suivie par la Hongrie en mars 1990. Le 25 décembre 1989, les Roumains se débarassent de leur dictateur Ceaucescu lors de la Révolution roumaine de 1989 qui fait plus de 1000 morts. En Pologne, les élections du 23 décembre 1990 balaient 46 ans de communisme avec la victoire de Lech Walesa au poste de Président de la IIIème République de Pologne.
La IIIème République de Pologne (1990 à aujourd'hui)
Les nouveaux dirigeants polonais ont, dès leur prise de fonction, la lourde tâche de redresser l'économie. Une thérapie de choc est donc lancée par le ministre des Finances Balcerowicz pour stopper l'hyperinflation qui touche le pays. Il met en oeuvre un processus de transition de l'économie planifiée vers l'économie de marché qui se solde dans les premières années par une dévaluation du zloty, la fermeture de nombreuses entreprises et une montée en flèche du chômage. Malgré tout, l'économie se modernise et se développe et la croissance est de retour dès 1993. Les flux d'investissements étrangers pérennisent cette évolution positive qui a pour effet direct d'augmenter significativement le niveau de vie des Polonais, et conséquemment leur consommation. La croissance se poursuit jusqu'en 1997, année durant laquelle le taux de chômage descend en dessous des 10 % de la population active.
Pendant cette même période, la situation politique est également contrastée. L'élection pour 5 ans de Lech Walesa donne lieu à un mandat politique instable, marqué par une succession de coalitions parlementaires éphémères. De plus, Walesa offre une place privilégiée à l'Eglise catholique, au point d'irriter de nombreux Polonais. Conjugué à une politique économique rigoureuse et durement vécue par une partie de la population, ces circonstances lui coûtent les élections de 1995 qu'il perd face au PSL (Alliance de gauche démocratique) représenté par l'ex-communiste Aleksander Kwasniewski.
Malgré la nouvelle crise économique qui se profile en 1997, Kwasniewski poursuit les réformes économiques engagées et oriente sa stratégie politique à l'Ouest. La Pologne entre dans l'OTAN en 1999. Réélu en l'an 2000, Kwasniewski engage la Pologne dans la voie européenne. En 2002, alors que la Pologne compte 16 % de chômeurs, le Conseil européen de Copenhague fixe au 1er mai 2004 l'entrée de la Pologne dans l'Union Européenne. Un référendum en 2003 donne lieu à un large plébiscite des Polonais en faveur de l'intégration du pays dans les instances européennes : 77,41 % des votants disent oui à l'Europe. Ceci dit, nombreuses sont les interrogations qui émanent de la future adhésion à l'Union Européenne.
Au lendemain de son adhésion, la Pologne voit une montée de l'eurosceptisme dans les rangs de ses députés à Strasbourg. Les élections législatives et présidentielles de l'automne 2005 confirment cette évolution. Lech Kaczynski du parti de droite PiS (Droit et Justice) prend la tête du pays grâce à un discours ultra-conservateur dont le contenu prône la recentralisation des pouvoirs autour de l'Etat ainsi qu'une prise en compte accrue des populations marginalisées par les réformes post-communistes.
Rendue possible par le ralliement des catholiques conservateurs issus de plusieurs partis extrêmistes tels que Samoobrona (Autodéfense) et la LPR (Ligue des Familles), l'élection de Kaczynski suscite de nombreuses réserves en Europe d'autant plus que le nouveau gouvernement est résolument eurosceptique et adopte en conséquence une ligne de conduite isolationniste. Le PO (Plate-Forme citoyenne), parti de centre-droite très libéral et co-vainqueur des élections législatives de 2005, s'écarte dès le début de cette politique et s'oppose à PiS lors des élections anticipées d'octobre 2007.
La victoire du parti PO fait chuter le pouvoir homozygote formé par les frères Kaczynski (Lech est président de la République de Pologne depuis 2005 tandis que son frère jumeau Jaroslaw est Premier Ministre de 2005 à 2007). En devenant Premier Ministre, Donald Tusk prend ainsi sa revanche sur les élections présidentielles perdues en 2005 face à Lech Kaczynski. Il entreprend dès lors de renouer avec une politique de rapprochement avec l'Europe, en faisant notamment le voeu d'adopter l'euro dès 2012. Enfin, l'accueil du championnat d'Europe de football en juin et juillet 2012 promet de placer la Pologne au centre des médias européens et de lui offrir ainsi la chance de redorer la vieille image d'un pays pauvre et désuet qu'on lui donne souvent, à tort.
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