Pouvoirs et partages

 

 

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A la mort du dernier Jagellon en 1572, les nobles mettent en place un système d'élection du Roi qui les favorise encore, puisque les candidats amadouent leurs électeurs à coups de privilèges supplémentaires. Léguant la plupart des pouvoirs à la noblesse, Henri de Valois est ainsi le premier Roi élu, pour six mois, car, à la mort de son frère Charles IX, il s'enfuit subitement en France récupérer la couronne royale. Poursuivi par la Diète qui lui demande des comptes, il dédaigne l'idée de revenir en Pologne.

  • La République des Deux-Nations (1569-1795) 
  • La désorganisation politique du pays (1569-1654) 
  • La Pologne, objet des convoitises voisines (1654-1772) 
  • Les trois partages de la Pologne (1772-1795)
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  • La disparition de la Pologne (1795-1918) 
  • La Pologne et Napoléon (1795-1815) 
  • La naissance du Royaume du Congrès (1815-1830) 
  • La période insurrectionnelle (1830-1864)
  • La dénationalisation des Polonais (1864-1890)
  • Le développement organisé de la revendication nationaliste (1890-1918)
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  • La République des Deux-Nations (1569-1795)
    • La désorganisation politique du pays (1569-1654)

    Le trône est brigué par les Habsbourg pendant l'interrrègne de plusieurs mois qui suit la fuite d'Henri Ier. La szlachta élit finalement Etienne Ier Bathory en 1575 pour écarter cette menace. Il reprend Gdansk à l'Empereur et met un terme au conflit armé contre les troupes russes d'Ivan Le terrible, en les dominant trois fois. Il meurt en 1586 alors qu'il espérait réinstaurer un royaume héréditaire.

    Sigismond III de Pologne règne alors, de son élection en 1587 jusqu'à sa mort en 1632. Egalement Roi de Suède de 1592 à 1599, il décide de transférer en 1596 la capitale polonaise de Cracovie à Varsovie, en position plus centrale. En Suède, son oncle exploite les absences de Sigismond III (qui gouverne depuis la Pologne) ainsi que son catholicisme (les Suédois sont protestants) pour s'approprier le pouvoir qu'il obtient par la force en 1599. Sigismond III ne reconnaissant pas le nouveau gouvernement suédois, une guerre entre la Pologne et la Suède éclate en 1600 et perdure jusqu'en 1629. Dans le même temps, Sigismond III s'efforce de réformer quelques aspects absurdes de la politique polonaise, en premier lieu celui qui consiste à adopter une loi à la condition de rassembler l'unanimité des voix. Il propose la majorité à la place de l'unanimité afin de débloquer au moins un peu la machine politique. Il tente également d'instaurer une hausse des impôts et d'augmenter les effectifs de l'armée. Toutes ces propositions essentielles à la survie à long terme du Royaume de Pologne ont été vaines.

    Une période de troubles commence alors et se traduit par de nombreuses révoltes partout dans le pays, puis par une guerre civile gagnée par les royalistes en 1607. La situation d'anarchie se poursuit jusqu'en 1610 et empêche les Polonais de profiter des troubles qui sévissent aussi en Russie pour écarter la menace venue de l'est (guerre polono-russe de 1605-1618). La guerre polono-turque de 1620-1621 pour le contrôle de la Moldavie est perdue par la République des Deux-Nations.

    A partir de 1632, le nouveau Roi Ladislas IV, fils aîné de Sigismond III, doit relever une situation critique : la République a perdu beaucoup de forces et de territoires dans les nombreuses guerres récentes. Il tente de réconcilier Catholiques et Protestants en guerre dans toute l'Europe depuis le déclenchement de la Guerre de Trente Ans en 1618. Il ne prend d'ailleurs pas part au conflit qui divise une grande partie de l'Europe, et ce, malgré les appels lancés par la France et les Habsbourg. De plus, il conclut une trêve avec les Suédois qui lui garantit la conservation d'un débouché maritime sur la Baltique. A sa mort en 1648, la République a retrouvé une certaine stabilité sur le plan militaire.

    En 1648, son frère Jean II Casimir règne à son tour sur la République des Deux-Nations.  Jean II Casimir souhaite négocier avec les Cosaques ukrainiens de plus en plus mécontents de voir leurs terres asservies et polonisées par l'aristocratie du Royaume. Mais la noblesse polonaise est bien trop soucieuse d'agrandir ses possessions et fait peu de cas de cette situation électrique. Les Cosaques finissent par se soulever et malgré plusieurs défaites, ils s'allient aux Tatars (1648-1651), puis aux Russes à partir de 1654. Cette mauvaise stratégie dictée par la cupidité de la noblesse polonaise sonne le glas d'une période déjà délicate en de nombreux points, mais sans commune mesure avec le temps du déluge qui va s'abattre durant les prochaines décennies sur la destinée polonaise.

    • La Pologne, objet des convoitises voisines (1654-1772)

    Les Cosaques et leurs alliés envahissent rapidement la Biélorussie et la Lituanie. Bientôt, les Suédois finissent d'envahir la quasi-totalité de la République. Jean II Casimir doit abandonner la suzeraineté sur la Prusse ducale (1657), la Livonie (Lettonie et sud de l'Estonie actuelles) en 1660, l'Ukraine et Smolensk en 1667. Le Roi, écoeuré par la dissidence de nombreux nobles, abdique en 1668.

    La noblesse choisit Wisniowiecki en 1669 pour le suppléer. Incapable de gérer une situation de crise, il est attaqué par les Turcs en 1672 et doit accepter de leur payer un tribut en plus de leur léguer la Podolie. La République doit son salut à l'incroyable ferveur populaire, galvanisée au monastère Jasna Gora de Czestochowa et exaspérée par les pillages et profanations subis, ainsi que par l'aide extérieure apportée par plusieurs puissances ( ).

    Encouragée par le peuple, la Diète refuse de plier à ces conditions et place la responsabilité de son acte dans les mains de Sobieski qui prend les armes contre les Turcs et les bat à Chocim en 1673. Jean III Sobieski est élu Roi par la Diète l'année suivante. Son règne (1674-1696) offre un sursis à la Pologne. Avec les troupes allemandes et polonaises, il délivre Vienne en 1683, alors assiégée par les troupes ottomanes et poursuit plus tard son combat contre les Turcs en Valachie.

    Les longues périodes de son absence favorisent l'apparition dans les rangs de la noblesse de complots et corruption perpétrés par les Etats voisins qui souhaitent imposer le successeur de Jean III Sobieski. Ainsi, l'élécteur de Saxe Frédéric-Auguste II, soutenu par la Russie et le Danemark, est imposé en 1697 (il est illégalement proclamé Roi par l'évêque de Couïavie), mais il est chassé par Charles XII de Suède en 1704, qui place Stanislas Ier Leszczynski sur le trône jusqu'en 1709. Frédéric-Auguste II, toujours aidé par les Russes, attaque alors les possessions suédoises des rives de la Baltique.

    Frédéric-Auguste II tient les rênes du pouvoir avec ses alliés russes jusqu'à sa mort en 1733 qui ouvre une nouvelle période de crise pour sa succession (la Guerre de Succession de Pologne), et où les candidats (Stanislas Ier et Auguste III, fils d'Auguste II) sont seulement le reflet des rivalités de leurs partisans. De surcroît, l'Autriche, la Prusse et la Russie signent ensemble le Pacte de Berlin qui garantit le statu quo en vue de maintenir une situation d'anarchie dans tout le Royaume. La Guerre de Succession perdure jusqu'en 1738. Stanislas Ier revient de façon éphémère sur le trône à la faveur de 2 000 soldats français, mais il est à nouveau chassé par 20 000 Russes qui placent Auguste III au pouvoir jusqu'en 1763. Durant le premier tiers du XVIIIème siècle, la Pologne, divisée plus que jamais politiquement, est gouvernée par des souverains qui avantagent tantôt les Russes, les Autrichiens et le Saint-Empire, tantôt leurs ennemis français, bavarois, piémontais et espagnols. Le Royaume de Pologne devient dès lors une proie facile face à l'appétit grandissant des puissances voisines, surtout depuis que l'allié russe lui a imposé une armée limitée à 24 000 hommes.

    En 1764, après la mort de son père l'année précédente et avec l'aide de 40 000 soldats russes, Stanislas-Auguste Poniatowski est élu Roi de Pologne par la Diète, devenue l'instrument de la politique russe et prussienne. Malgré tout, le nouveau (et dernier) Roi de la République des Deux-Nations entreprend plusieurs réformes visant à redresser la situation du pays par le renforcement du pouvoir royal. Il réussit ainsi, par d'habiles manoeuvres, à abolir le liberum veto, qui gangrenait depuis deux siècles le système politique polonais (en accordant, pour rappel, le veto d'une proposition de loi, par la voix d'un seul seigneur). Mécontente à l'idée de voir ressurgir une Pologne forte, la tsarine Catherine II et le Roi de Prusse Frédéric II se placent alors en protecteur des dissidents et encouragent l'opposition à réintégrer le liberum veto, qui, avec les privilèges de la noblesse, deviennent par la Diète de 1767, lois cardinales. Avec Frédéric II, elle attise aussi les oppositions religieuses introduites par la Réforme pour affaiblir encore un peu plus le Royaume. En 1768, une nouvelle guerre civile éclate pour le plus grand bonheur de ses voisins russes, prussiens et autrichiens.

    Les partisans d'une restructuration du pouvoir autour du Roi fondent en février 1768 la Confédération de Bar. Ils protestent en outre contre l'ingérence russe dans les affaires polonaises ainsi que pour la défense de leur foi catholique. Stanislas-Auguste Poniatowski (Stanislas III) combat dans un premier temps l'organisation qui lui est pourtant favorable. Ensuite, l'aide trop timide de la France, conjuguée à l'entrée des troupes du Roi de Prusse en Grande -Pologne, empêche une issue victorieuse au mouvement qui doit déposer les armes en 1772, après 4 années de guerre contre l'Empire russe.

    • Les trois partages de la Pologne (1772-1795)

    La Russie, la Prusse et l'Autriche se partagent en août 1772 un gâteau qui comprend au total 30 % du territoire et 1/3 des habitants de la République des Deux-Nations. Catherine II annexe la partie est de la Lituanie et la Ruthénie. Frédéric II reçoit au nord et à l'ouest la Poméranie et la Prusse royale (peuplée à 90 % d'Allemands) sans les villes de Gdansk (qui devient une enclave polonaise) et Torun. Marie-Thérèse d'Autriche prend le sud de la Petite-Pologne, la Galicie et l'ouest de la Podolie. Le premier partage est ratifiée par la Diète en septembre 1772.

    Le pouvoir royal est atténué par ses dissidents qui acquièrent la liberté du culte et qui forment un Conseil de 36 membres qui gère les affaires étrangères. Le Roi Stanislas III garde toutefois l'espoir de rénover le Royaume de l'intérieur. Il fait adopter plusieurs lois en faveur de l'éducation et autorise les nobles à exercer un métier. Jusqu'en 1792, le Roi et les nobles mettent à mal petit à petit la puissance des magnats par une série de mesures en leur défaveur : par exemple, le droit de vote des gentilshommes sans terre, partisans des magnats, est interdit. Dans le même temps, le pouvoir du Sénat est réduit. Cette nouvelle rénovation, tout comme celle qui avait été initiée en 1767, n'est pas du goût des voisins de la Pologne. Irrités, les magnats réduisent une nouvelle fois à néant les ambitions du Roi en allant réclamer à Saint-Pétersbourg, au nom de la nation, l'aide des troupes russes pour repousser ceux qui, selon eux, menacent la sécurité de l'Etat polonais (signature en avril 1792 de l'acte de Confédération de Targowica). Les Russes sont alors tout heureux d'entrer une nouvelle fois en Pologne en juillet 1792, et bientôt la Prusse envahit à son tour le nord du pays (décembre 1792). L'Autriche est quant à elle aux prises avec la France révolutionnaire qui l'empêche de prendre part au deuxième partage de la Pologne, ratifié encore par la Diète en septembre 1793. La Russie poursuit sa rapide expansion vers l'Europe centrale en recevant l'est de la Biélorussie et la Volhynie (l'ouest de l'Ukraine). La Prusse engloutit la totalité de la Grande-Pologne, une partie de la Mazovie et l'enclave de Gdansk prise d'assaut au début de l'année 1793. L'armée polonaise est réduite à 10 000 hommes.

    A ce moment, le peuple polonais gronde et s'unit derrière le général Kosciuszko. Ce dernier prépare le soulèvement de son pays depuis juin 1793 déjà, mais comme la préparation prend du retard, il souhaite déclencher le plan d'exécution ultérieurement. La découverte de groupes révolutionnaires à Varsovie par des agents tsaristes l'oblige à hâter l'heure de la révolte qui sonne finalement en mars 1794. Au mois de mai de la même année, le général Kosciuszko, chef du gouvernement insurrectionnel, multiplie les mesures destinées à libérer le pays rapidement, en prenant exemple sur la Révolution Française : il abolit le servage et interdit la chasse des paysans hors de leurs terres. Le 4 avril 1794, ses troupes, qui incluent désormais de nombreux paysans, infligent une douloureuse défaite aux Russes qui leur sont pourtant supérieures en nombre (bataille de Raclawice en Petite-Pologne). Le 17 avril, une insurrection à Varsovie oblige les troupes russes à quitter la ville. Les premières victoires à l'est du pays encouragent l'ouest polonais à se soulever contre les Prussiens qui doivent transférer leurs troupes alors engagées en France (ce qui influencera la victoire des révolutionnaires français). Malheureusement pour le général Kosciuszko, les moyens militaires du Royaume des Deux-Nations se révèlent progressivement insuffisants pour faire face à l'armada déployée par ses ennemis. Il est blessé et emprisonné par les Russes à la bataille de Maciejowice du 10 octobre 1794. La bataille de Praga (quartier de Varsovie) du 4 novembre 1794 achève les dernières heures de la Pologne. En plus de la défaite qu'ils infligent à l'armée polonaise, les Russes massacrent 20 000 civils polonais. La référence au massacre de Praga sera, pendant la période communiste de la Pologne, censurée des manuels et cours d'histoire de même que les recherches sur le sujet seront découragées.

    Quoiqu'il en soit, cette dernière défaite marque la disparition de la Pologne des cartes de l'Europe pendant 123 années. En effet, les trois alliés prusse, autrichien et russe s'entendent sur un ultime partage du territoire polonais : la Prusse s'empare de la Mazurie, de la Podlachie et d'une partie de la Mazovie (comprenant Varsovie), l'autre revenant aux Autrichiens qui prennent également possession du nord de la Petite-Pologne et de la région autour de Lublin. Les Russes s'accaparent le reste, c'est-à-dire la Lituanie et l'ouest de la Biélorussie.


  • La disparition de la Pologne (1795-1918)
    • La Pologne et Napoléon (1795-1815)

    En 1798, le dernier Roi de Pologne décède. Dès lors, de nombreux Polonais, officiers, soldats et volontaires, s'engagent dans diverses armées d'Europe afin de continuer à combattre les ennemis prussiens, autrichiens et russes. C'est donc tout naturellement qu'on les retrouve majoritairement dans les corps de l'Armée française, puisque la France est l'ennemie de ces trois mêmes puissances. Les Polonais sont d'ailleurs encouragés à rejoindre la France par Bonaparte qui crée des unités spéciales de Polonais, avec les grades polonais traditionnels et sous commandemant polonais : ce sont les Légions polonaises ou armée polonaise en exil sous autorité française.

    Le général Dabrowski combat aux côtés de Napoléon dès les premières campagnes de la France révolutionnaire en Italie. L'actuel hymne polonais, la marche de Dabrowski, lui rend hommage ainsi qu'à Napoléon lui-même, considéré en Pologne, malgré plusieurs circonstances en la défaveur de l'Empereur, comme leur libérateur.

    Au-delà d'un simple aspect militaire, l'âme polonaise continue à vivre durant toutes ces années à travers l'exil de nombreux penseurs et artistes patriotes vers la France notamment. De plus, l'Eglise joue un rôle prépondérant dans le maintien d'une conscience et d'une culture nationales au sein même de l'ancien territoire polonais.

    Mais plus concrètement, les Polonais entrevoient en 1807 l'espoir de renaissance d'un Etat polonais à travers l'instauration par Napoléon d'un duché de Varsovie, suite à sa victoire sur la 4ème coalition composée de l'Angleterre, de la Prusse et de la Russie. En fait, le territoire était déjà libéré en 1806 par un soulèvement populaire orchestré par les officiers polonais de Napoléon. Le tracé du duché suit celui des terres prussiennes prises aux Polonais lors des partages de 1793 et 1795. Après la victoire de Napoléon contre les Autrichiens en 1809, le duché est agrandi au sud par la partie nord-ouest du partage autrichien. Le duché est un Etat extrêmement militarisé qui sert de ravitaillement aux troupes françaises et d'avant-poste à leur grande offensive contre l'Empire russe en 1812. En 1812-1813, plus de 100 000 Polonais combattent les Russes aux côtés des Français. Suite à la tristement célèbre retraite des troupes napoléoniennes, les armées russes reprennent rapidement le contrôle du duché qu'ils occupent en mars 1813. Plus tard, la défaite définitive de l'Empereur français aboutit au Congrès de Vienne de 1815 qui résoud la question polonaise à l'avantage des vainqueurs de Napoléon.

    • La naissance du Royaume du Congrès (1815-1830)

    Le Congrès de Vienne reconnaît la nationalité polonaise. Les 158 000 km² du duché de Varsovie sont répartis de la façon suivante : la Russie recouvre 128 000 km² et le tsar est également Roi de Pologne. Ce territoire porte désormais le titre de Royaume du Congrès. La Prusse contrôle les 29 000 km² du Grand-Duché de Poznan. La Ville libre de Cracovie est placée sous la protection des trois puissances régionales ; l'Autriche l'incorporera à son Empire en 1846.

    Dans la partie prussienne, une dénationalisation s'est rapidement engagée avec l'instauration du Code prussien et de la langue allemande accompagnés d'une colonisation allemande accrue. Du côté autrichien, on organise plutôt le territoire à des fins plus économiques. Du côté russe, la politique appliquée au Royaume du Congrès est contrastée.

    De 1815 à 1818, le tsar Alexandre Ier accorde au Royaume du Congrès une constitution très libérale (gouvernement, administration et armée autonomes) qui la rapproche de celle du duché de Varsovie. Le Code Napoléon y est au demeurant toujours en vigueur et le restera jusqu'en 1946. Du reste, jusqu'en 1830, les conditions de vie dans le Royaume du Congrès sont plutôt satisfaisantes : les villes se développent, l'industrie, le commerce et les infrastructures aussi (fondation de la Banque de Pologne, d'une Bourse de marchandises à Varsovie, etc.) et l'Education s'enrichit notamment d'une Université, d'une Académie de Musique, d'un Institut agrnomique et d'une Ecole polytechnique à Varsovie. Tout commence à changer avec l'arrivée au pouvoir en Russie du tsar Nicolas Ier en 1825, pour qui la devise est autocratie, orthodoxie et génie national. Il nomme son frère Constantin vice-roi de Pologne, lequel tente d'inculquer une discipline stricte à l'Armée en place. Les deux dirigeants gagnent vite une image détestable dans le pays.

    • La période insurrectionnelle (1830-1864)

    L'extrême conservatisme prôné par Nicolas Ier n'est nuancé que par l'installation d'un régime particulièrement répressif, organisé autour de la discipline militaire. Il est radicalement opposé à toute idée de libéralisme. C'est en ce sens qu'il décide d'envoyer en 1830 des soldats polonais combattre les révolutionnaires français et belges. Cette décision suscite de vives réactions dans une Pologne divisée entre les idéaux conservateurs de l'Eglise et les aspirations révolutionnaires d'une partie de l'Armée issues des troubles des années 1790. L'ordre de mobilisation du tsar le 19 novembre 1830 est presque aussitôt suivi par l'éclatement d'une insurrection à Varsovie, dans la nuit du 28 au 29 novembre, perpétrée par de nombreux civils ainsi que par les cadets de l'Armée. En moins de 24 heures, les révolutionnaires sont maîtres de la ville. En décembre, l'insurrection est désormais nationale et le 25 janvier 1831, Nicolas Ier est destitué de sa fonction de Roi de Pologne par la Diète. Cet acte mène inéluctablement à la guerre entre Polonais et Russes, laquelle débute en février avec l'entrée de 115 000 soldats russes sur le territoire polonais. Le nombre, l'organisation et l'équipement dans l'Armée russe ont raison de la soif de liberté polonaise. L'Armée polonaise remporte dans un premier temps de nombreuses victoires militaires et notamment celle de la bataille de Grochow du 25 février 1831, où 40 000 Polonais font reculer 60 000 Russes. Mais la défaite des Polonais à Ostroleka le 26 mai, puis celle de Wola le 6 septembre dans les faubourgs de Varsovie les condamne à mettre fin à leur rêve d'indépendance. Le 7 septembre 1831, Varsovie capitule.

    Les Russes reprennent le pouvoir. S'ensuit alors une politique particulièrement répressive à l'encontre du peuple polonais. Les Polonais critiquaient le non-respect de la Constitution, les Russes règlent le problème en l'abolissant. Des tarifs douaniers sont mis en place entre le Royaume du Congrès et l'Empire russe pour entraver le développement économique polonais. Les universités et les écoles supérieures sont fermées. Les autorités russes entament dans le même temps une campagne de russification au sein du Royaume du Congrès qui s'accompagne d'une intensification de la germanisation opérée dans les territoires sous domination prussienne. Face au despotisme russe, les Polonais restés au pays adoptent une attitude de résignation où le souvenir et la prière sont leur seul exutoire.

    Dans les mois qui suivent la capitulation polonaise, 9 millions d'anciens insurgés fuient leur pays pour se réfugier en Europe occidentale où ils constituent l'élite intellectuelle de l'époque. Acquis à la cause révolutionnaire, ils participent aux différentes manifestations qui émaillent l'Europe entière lors du Printemps des peuples en 1848. Durant les années 1850, les aspirations indépendantistes des Polonais se fait à nouveau sentir. L'affaiblissement de l'Empire russe, observé avec sa défaite lors de la guerre de Crimée (1860-1863) encourage de plus en plus de Polonais à conspirer contre les Russes.

    Le 25 février 1861, alors que des Polonais manifestent pacifiquement en souvenir de la bataille victorieuse de Grochow dont c'est le jour anniversaire, les Russes les répriment par les armes. Deux jours plus tard, cinq manifestants sont tués par les Russes. L'irritation des Varsoviens gagne les autres provinces. Voulant éviter un nouveau soulèvement de la population, le tsar essaie de calmer les esprits en faisant quelques concessions : le Conseil d'Etat est remis en place, l'administration est polonisée et l'Université de Varsovie est réouverte. Cependant, ses efforts sont anéantis par la fusillade, le 8 avril 1831, d'une foule sans armes. Fin mai, le nouveau gouverneur du Royaume du Congrès, Nikolaj Suchozanet, instaure un système encore plus répressif, interdisant aux Polonais de chanter l'hymne national ou de porter les vêtements nationaux, sous peine d'être fusillés. Le 14 octobre, un nouveau gouverneur, le général Karl Lambert, impose la pacification des Polonais en décrétant l'Etat de guerre. En conséquence de ces différents événements, la conspiration polonaise gonfle ses rangs et au début de l'année, environ 25 000 Polonais sont prêts à déclencher une insurrection contre les Russes. En janvier 1863, les Russes organisent contre toute attente une conscription qui, boycottée, a pour effet d'anticiper l'insurrection, prévue à l'origine pour débuter au printemps 1863.

    Cette nouvelle tentative est une nouvelle fois vaine. La lutte s'apparente à une guérilla puisque les forces en présence sont constituées de petites unités mobiles qui ont pour objectif principal d'harceler l'ennemi russe par des embuscades et des combats de faible envergure. Ce mode de combat désarçonne pendant un certain temps les Russes mais le nombre imposant de leurs soldats a raison de cette stratégie qui échoue finalement au printemps 1865. Déjà en mars 1864, le tsar avait obtenu que les paysans quittent l'insurrection en leur promettant la fin du servage et la possible obtention de terres. La lutte avait alors pris un tournant décisif et les autorités russes organisaient déjà les mesures de répression qui allaient laver cet affront.

    • La dénationalisation des Polonais (1864-1890)

    Dès 1864, une nouvelle vague d'émigration fuit les persécutions réservées aux activistes de l'Insurrection de Janvier. Ceux qui restent assistent à un grand nombre de réformes qui transforme le pays en profondeur. En 1867, le pays perd toute autonomie, les Russes le renomment officiellement pays de la Vistule. L'opposition entre la noblesse et la paysannerie est exacerbée par les Russes, l'antisémitisme assimilé. Chaque domaine de la vie quotidienne est russifié, à commencer par la langue polonaise qui est interdite. Les prêtres et plus largement l'Eglise catholique sont persécutés ou manipulés. On leur hôte le monopole de l'éducation. La culture recule : le nombre d'illettrés passe de 64 % en 1862 à 82 % en 1910. Du côté prussien, la situation est semblable : la langue allemande est obligatoire dans l'enseignement et l'administration. De plus, on favorise l'union entre Catholiques allemands et polonais afin d'enrayer la submersion d'une population polonaise comparativement plus féconde. Seule la partie autrichienne jouit d'un traitement plus libéral en ce que l'Empereur François-Joseph concède une Diète et une commission permanente. En outre, la langue polonaise est maintenue et les universités de Cracovie et de Lwow attirent les jeunes étudiants polonais venus des territoires sous domination prussienne et russe.

    Il faut attendre quelques années avant de voir ressurgir des militants indépendantistes. Les premier communistes polonais sont réprimés à partir de 1875. A partir de 1885, des actions clandestines voient le jour comme l'université volante qui dispense des cours en polonais. La méfiance des Russes envers les Polonais est très forte. Après l'assassinat du tsar Alexandre II, les Russes forment une police politique secrète, l'Okhrana, en 1881, pour lutter contre les révolutionnaires et les anarchistes dans tout l'Empire. Le contrôle policier est renforcé sous le gouvernement du général Hurko (1883-1894).

    • Le développement organisé de la revendication nationaliste (1890-1918)

    La situation dans l'Empire est très instable jusqu'en 1905 et le prestige du tsar est amoindrie par sa défaite contre les Japonais (1904-1905). C'est dans ce contexte que les Polonais organisent une résistance légale à l'oppression russe et prussienne, depuis la Galicie autrichienne où ils forment légalement plusieurs partis politiques : le Parti socialiste polonais en 1892, le Parti paysan en 1895 et le Parti national démocrate en 1897. Les activités clandestines se développent dans la partie russe. Une nouvelle tentative d'insurrection échoue à Varsovie pendant la guerre russo-japonaise en 1904.

    Le gouvernement plus libéral de l'après-Révolution russe de 1905 instaure en 1906 une Douma d'Etat qui accorde une plus grande représentation des minorités de l'Empire russe. La liberté de réunion, de manifestation, de presse, d'enseignement et de syndicalisation est admise pendant un temps dans tout l'Empire. Les Russes favorisent les minorités juives, biélorusses, lituaniennes et ukrainiennes à s'émanciper de l'identité polonaise, de façon à les diviser.

    A la veille de la Première Guerre mondiale qui s'annonce, les Polonais sont divisés dans le choix de leur alliance. Les conservateurs sont tentés de s'allier aux Autrichiens tandis que les sociaux-démocrates se tournent plus volontiers vers les Russes. Toujours est-il que tous ou presque espèrent tirer profit de leur alliance respective pour recouvrer une Pologne sinon indépendante, au moins autonome. Les Russes l'ont bien compris et promettent aux Polonais l'autonomie de leur pays s'ils se battent à leurs côtés. En 1916, lorsque l'Autriche et l'Allemagne avancent en direction de Moscou, ils formulent également, à l'encontre des Polonais, la promesse de restaurer le Royaume de Pologne, en cas d'alliance. La division des sentiments des Polonais se fait encore sentir : plusieurs Polonais qui combattent aux côtés des Russes désertent, alors que dans le même temps, d'autres refusent de se soustraire à la domination austro-allemande. La victoire des Alliés à la fin de l'année 1918 propulse Pilsudski à la tête de la toute nouvelle Pologne. En effet, par la voix du Président Wilson, les Alliés rétablissent l'indépendance du pays dont les nouvelles délimitations territoriales lui offrent un débouché maritime, via un corridor autour de Gdansk large de 70 kilomètres, et restaurent les frontières occidentales à leur état d'avant le premier partage de 1772.

     


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